Compte en ligne après décès : Revolut, N26, PayPal (2026)
8/23/2026
8/23/2026
Sur le relevé de votre père, une ligne qui revient tous les mois depuis quatre ans. Deux cents euros, virés vers un IBAN que personne dans la famille ne reconnaît. Vous cherchez le nom sur internet : c'est une néobanque.
Alors vous cherchez l'agence. Il n'y en a pas. Le numéro de téléphone non plus, ou alors il mène à un chatbot qui vous propose de bloquer votre carte. Reste une adresse mail au fond d'une page d'aide traduite de l'anglais, et un PDF qu'il faudra imprimer pour le signer, puis scanner. En 2026.
Régler un compte en ligne après décès, ça se fait. Plutôt bien, même, une fois qu'on a trouvé la bonne porte : ces établissements traitent les successions par écrit, sans rendez-vous et souvent sans facturer un centime. Le vrai problème est ailleurs. Il est en amont, et il tient en une phrase : le notaire, lui, ne verra pas forcément ce compte.
Les cinq adresses où écrire sont plus bas, avec les pièces qui débloquent vraiment un dossier. Mais avant ça, une question que personne ne pose : comment savoir que le compte existe ?
Sur le principe, rien. Ce qui déclenche le gel des avoirs, c'est le fait d'apprendre le décès. Un guichet n'y change rien. Dès que l'établissement est prévenu, le compte est bloqué comme n'importe quel compte bancaire après un décès : plus un paiement, plus un virement. Et toutes les procurations tombent d'un coup.
Sauf que personne ne préviendra à votre place. En agence, un conseiller finit par apprendre la nouvelle, par un proche, par le courrier qui revient. Là, non. L'application continue de tourner tranquillement, les prélèvements passent, l'abonnement de streaming du défunt se renouvelle. C'est vous qui écrivez, ou rien ne se passe.
Et puis il y a un clivage que tous les guides ratent, parce qu'ils raisonnent en « banque physique contre banque en ligne ». Le bon découpage, c'est celui du pays d'agrément.
Nickel appartient à BNP Paribas, BoursoBank à la Société Générale. Régulateur français, donc, et les réflexes qui vont avec. En face : N26 l'allemande, PayPal la luxembourgeoise. Et Revolut, longtemps lituanienne. Longtemps, parce que le 10 août 2026, l'ACPR et la Banque centrale européenne ont délivré un agrément bancaire complet à Revolut Bank S.A., une entité française. Les huit millions de clients français y basculent progressivement (comprendre : pas tous demain matin).
Ce détail de plomberie décide de tout le reste. Prenez le fichier que le notaire interroge : c'est lui qui décidera si le compte remonte à la surface, ou pas. Le médiateur qu'on saisira si ça coince en dépend aussi. Pareil pour la garantie sur les fonds. Et, cerise, une obligation fiscale qui atterrit chez les héritiers sans que personne ne l'ait demandée.
FR76 au début ? Le compte est tenu par l'entité française. DE ou LT ? C'est l'entité d'origine, et le régulateur n'est plus le même au bout de la chaîne. Deux clients de la même enseigne peuvent très bien relever de deux pays. Notez cette ligne avant d'écrire quoi que ce soit.
Voilà le tableau que personne ne publie. Adresses vérifiées en août 2026, à recontrôler sur la page d'aide de l'établissement au moment de votre démarche : ces pages bougent souvent.
| Établissement | Où écrire | Ce qu'ils demandent | Frais | Ce qui coince |
|---|---|---|---|---|
| **Revolut** | bereavement@revolut.com, par e-mail uniquement | Acte de décès, pièce d'identité de l'héritier, formulaire de deuil signé, l'e-mail ou le numéro associé au compte | Aucun | Réponse annoncée sous 14 jours. Pas d'imprimé fiscal unique adressé aux héritiers : le document reste dans l'application du défunt |
| **N26** | Service client depuis n26.com ou l'application | Acte de décès, pièce d'identité, acte de notoriété ou attestation des héritiers | Aucun frais annoncé | Aucune adresse publique consacrée aux successions. L'interlocuteur dépend de l'IBAN, FR ou DE |
| **Nickel** | sos@compte-nickel.fr | Acte de décès, pièce d'identité des héritiers, acte de notoriété ou attestation | Aucun tarif publié | Rien ne se règle chez le buraliste : tout remonte au service central |
| **BoursoBank** | Formulaire « Déclarer un décès en ligne », puis succession@boursorama.fr | Acte de décès d'abord, le reste selon qu'un notaire pilote ou non | Aucun frais de traitement | Le dossier avance par allers-retours de pièces scannées |
| **PayPal** | europeanservices@paypal.com, ou courrier au siège luxembourgeois | Acte de décès, pièce d'identité de la personne qui agit, preuve de sa qualité, formulaire d'indemnisation signé, instruction écrite pour le solde | Aucun | Le support ne parle pas le vocabulaire successoral français |
Bon. Ce tableau, il cache autant qu'il montre.
Chez Revolut, tout passe par e-mail. Le chat de l'application ne prendra pas votre dossier, le téléphone non plus, et écrire ailleurs vous coûtera une semaine pour rien. N26 pose le problème inverse : aucune adresse consacrée aux successions n'est publiée nulle part. Il existe pourtant un observatoire qui recense ces procédures, plateforme par plateforme, et N26 ne lui a jamais transmis la sienne. Reste le service client généraliste. Et votre histoire à réexpliquer... à chaque nouvel interlocuteur.
Côté argent, aucun de ces cinq n'affiche de tarif de succession, et BoursoBank comme Revolut confirment ne rien prélever. Attention à ne pas généraliser aux autres banques en ligne, cela dit : Fortuneo facture 300 euros forfaitaires, BforBank applique 1 % avec un plancher à 150 euros. Et depuis cet été, ce zéro pèse plus lourd qu'il n'y paraît. Les frais bancaires de succession restent plafonnés, 1 % des avoirs et 857 euros maximum en 2026, mais les trois cas de gratuité obligatoire prévus par la loi de 2025 ont sauté : le Conseil constitutionnel les a censurés le 19 juin 2026. Résultat, les petites successions peuvent de nouveau être facturées comme les autres. Le zéro affiché par ces enseignes-là n'est plus une obligation, c'est un choix commercial.
Le parcours est toujours le même, quelle que soit l'enseigne. Enfin, presque : ce qui change, c'est le canal.
Un mail, une pièce jointe, et c'est parti. L'acte de décès suffit à cette étape, et il déclenche le gel du compte ainsi que l'arrêt des prélèvements. Rien d'autre n'est exigé à ce stade.
Attention au vocabulaire, quand même. Beaucoup de familles envoient l'acte de décès et se mettent à attendre le virement. Qui ne vient pas. Un acte de décès prouve juste qu'une personne est morte : il ne dit pas qui hérite, et c'est exactement ce que l'établissement attend de savoir avant de bouger.
Gardez une copie horodatée de ce premier envoi. Elle servira si un prélèvement passe après coup, ou si le dossier traîne et qu'il faut dater le point de départ.
C'est cette pièce qui déverrouille tout le reste. Deux formes possibles.
Soit l'attestation signée par tous les héritiers, quand la succession est modeste, sans immobilier, sans testament. Soit l'acte de notoriété du notaire, au-dessus du seuil légal. Aucune souplesse particulière ici : ces enseignes réclament exactement les mêmes pièces que les banques de réseau, à la virgule près.
Le formulaire de deuil de Revolut mérite un mot. Dès la première page, il réclame l'IBAN vers lequel le solde partira. Page 1, avant même les cases d'identité. La destination des fonds doit donc être arbitrée avant d'ouvrir le PDF, et personne ne vous prévient. Avec un notaire au dossier, on indique son compte de succession. Sans notaire, ce sera celui d'un héritier, choisi et accepté par les autres. Cette ligne-là, on ne l'improvise pas.
Rien de compliqué, sauf que l'erreur se paie cher. Un solde viré sur le compte d'un seul héritier alors que la succession n'est pas partagée, ça crée un litige de famille dont on se passerait.
Réclamez toujours une attestation de solde au jour du décès. Le notaire vous la demandera, et elle servira ensuite pour la déclaration de succession. Un relevé mensuel classique, lui, ne suffira pas : ce qu'il faut, c'est le montant figé à la date exacte du décès, pas celui du 31 du mois.
La tentation est réelle. Le téléphone est là, le code aussi, et ça irait tellement plus vite de regarder soi-même. Sauf que la procuration prend fin de plein droit au décès, et qu'un mouvement passé après, même de quelques heures, porte déjà sur des biens qui appartiennent à l'indivision. À restituer, donc. Et si le juge y voit une intention de dissimuler, on bascule dans le recel successoral de l'article 778 du Code civil : l'héritier perd toute part sur les biens recelés. Pour une consultation d'écran, personne n'ira au tribunal. Pour un virement, si.
Le notaire, lui, interroge le FICOBA. Ce fichier recense les comptes ouverts en France (article 1649 A du Code général des impôts), il lui revient une liste d'établissements, et il écrit à chacun. Procédure carrée, sauf sur un point.
Le FICOBA voit mal ce qui n'a pas été ouvert en France.
Le texte, lui, est plus large qu'on ne croit : une banque européenne qui opère chez nous doit déclarer les comptes de ses clients résidant en France. Sauf que la CNIL, quand elle décrit son propre fichier, parle de comptes ouverts sur le territoire. Point. Et le fisc, de son côté, continue de réclamer une déclaration séparée à chaque titulaire d'un compte à l'étranger. Si le fichier suffisait, il ne la demanderait sans doute pas.
Revolut a ouvert sa succursale française en 2022, et distribue des IBAN FR depuis. N26 en distribue depuis juin 2023. Sauf que ses anciens clients n'ont basculé que par vagues, sur invitation. Un compte N26 ouvert en 2019 et resté en DE, le fichier a toutes les chances de ne pas le voir. Pareil pour un Wise en IBAN belge. Le notaire n'y est pour rien : il a interrogé le seul fichier qui existe, et ce fichier a des trous.
Du coup, la recherche revient à la famille. Six pistes, par ordre de rendement.
Commencez par les relevés du compte principal. Trois ans, ligne par ligne, en cherchant le virement qui revient au même montant vers un IBAN que personne ne reconnaît. Ça marche presque à tous les coups. C'est fastidieux (un surligneur aide, sincèrement), et c'est quand même la piste qui sort le plus de comptes.
La deuxième piste ? Les anciennes déclarations de revenus. L'annexe 3916 y liste nommément les comptes ouverts à l'étranger, établissement par établissement. Écrit par le défunt lui-même, quand il était en règle.
Le reste se ratisse en une soirée. Une application bancaire sur le téléphone, ça se repère en dix secondes. Dans la boîte mail, tapez « relevé », puis « votre carte ». Deux mots, et parfois le compte apparaît. Le portefeuille, lui, cache assez souvent une carte de paiement dont personne n'avait jamais entendu parler. Et puis il y a les prélèvements orphelins, ces débits qui tombent sans qu'aucun compte connu les explique.
Ce travail-là déborde vite du strictement bancaire. Les abonnements qui tournent encore, les photos stockées on ne sait plus où : c'est l'héritage numérique au complet qu'on finit par inventorier. Tant qu'à ouvrir les tiroirs, ouvrez-les tous.
Un Livret A ouvert chez BoursoBank ne se transmet pas. Un LDDS non plus. La banque apprend le décès, elle bloque, elle clôture une fois la succession réglée, et voilà. Pas de bénéficiaire désigné là-dedans, contrairement à une assurance-vie : ce qui reste sur le livret retombe dans l'actif successoral et se partage entre les héritiers selon les règles de dévolution.
Tiens, une exception : l'épargne logement, elle, transmet ses droits à prêt. Un héritier peut reprendre le PEL s'il a moins de dix ans, ou récupérer les droits à prêt avec l'accord des autres, à condition de s'en servir dans l'année. Le CEL marche pareil, prime d'épargne comprise.
Le solde PayPal, c'est de la monnaie électronique. Émise depuis le Luxembourg par l'entité européenne du groupe, elle est mise de côté, bien séparée des fonds de l'entreprise. Ça, oui. Mais la garantie à 100 000 euros qui couvre un compte courant ? Elle ne joue pas ici.
Est-ce que ça change quelque chose pour les héritiers ? L'argent leur est dû, PayPal le vire, sur ce point rien ne bouge. C'est la conversation qui est pénible. Le support raisonne en catégories américaines, avec des mots comme « exécuteur testamentaire » qui ne recouvrent pas tout à fait nos notions. Il faut réexpliquer. Souvent deux fois. Joindre l'acte de notoriété, et écrire clairement ce qu'on veut qu'il advienne du solde. Sumeria, l'ex-Lydia, relève de la même catégorie juridique, de la monnaie électronique et pas un dépôt garanti. Au moins c'est un établissement français, agréé par l'ACPR. Le service client, lui, connaît le mot « notoriété ».
Le piège le plus coûteux de la liste, il est là. On sait tous qu'un compte joint continue de tourner au profit du survivant, et c'est vrai. Ce que ça ne dit pas, c'est ce qu'il advient des comptes personnels du défunt.
Revolut et N26 proposent tous les deux un vrai compte joint, IBAN français et cartes comprises. Au décès, il continue sous la signature du survivant. Sauf opposition des héritiers, évidemment, et chez Revolut comptez un gel temporaire le temps que l'établissement attribue les fonds. Nickel, lui, n'ouvre que des comptes individuels. Pas de compte joint, donc pas de continuité. Et le joint ne protège que lui-même : les comptes personnels du défunt, eux, restent bloqués dans tous les cas.
Une fois le compte fermé, obtenir un document rétroactif devient un chemin de croix. Réclamez donc l'attestation de solde au jour du décès dans le mail même où vous demandez la clôture. Ajoutez-y un relevé des douze derniers mois. Ce relevé-là vaut son pesant d'or : c'est lui qui révèle les abonnements encore actifs et les donations récentes que le notaire vous demandera de justifier.
Trois semaines sans réponse. Ou un dossier qui repart à zéro parce que le scan était flou. Ça arrive plus souvent qu'on ne croit.
Première marche : la réclamation écrite au service concerné, avec le rappel des dates d'envoi. Rien d'original, mais c'est le passage obligé, aucun médiateur n'acceptera d'être saisi avant.
Deuxième marche, et là ça se complique. Le bon médiateur, c'est celui que l'établissement a lui-même désigné, et son nom dort noir sur blanc dans la convention de compte que personne n'a jamais lue. BoursoBank renvoie vers le médiateur auprès de la Fédération bancaire française. Revolut France et Nickel, eux, dépendent de l'ASF, l'Association française des Sociétés Financières. Et un compte N26 resté sous IBAN allemand ? Il faudra écrire à l'organisme allemand, celui qui est rattaché à la Bundesbank. Il existe même un réseau européen, FIN-NET, dont le métier consiste à vous dire à qui écrire. Se tromper de médiateur ne coûte rien... sauf deux mois.
Douze mois, et le compte passe en inactif. Trois ans après le décès, l'établissement doit le clôturer et virer les avoirs à la Caisse des Dépôts, comme le prévoit la loi Eckert depuis le 1er janvier 2016. L'argent n'est pas perdu pour autant : il se récupère sur Ciclade, gratuitement, avec les justificatifs de succession. Reste à savoir qu'il dort là. Beaucoup de familles ne l'apprennent jamais.
Un dernier point fiscal, souvent oublié. Si vous conservez un compte à IBAN étranger après le partage, il devient le vôtre, et il faut le déclarer chaque année à l'annexe 3916 de votre déclaration de revenus. L'oubli se paie 1 500 euros par compte et par année non déclarée (par compte, oui). C'est cher pour un compte qu'on avait hérité sans le vouloir.
Tout ce qui précède tient à une seule chose : personne ne savait que le compte existait.
Ce qui suffirait à tout changer tient sur une feuille. Le nom de l'établissement, l'IBAN, l'ordre de grandeur du solde, et le nom de la personne à prévenir. Pas les mots de passe, surtout pas : ils ne servent à rien dans une succession (et ils changent tous les six mois, de toute façon), et les transmettre expose à d'autres ennuis. Juste l'existence du compte, et où il se trouve.
Sauf qu'une feuille dans un tiroir, ça se périme. Et le jour venu, ça ne prévient personne. Encore faut-il que quelqu'un sache où elle est rangée, et puisse y accéder sans fracturer un meuble. C'est toute la différence entre la famille qui écrit son mail la deuxième semaine et celle qui découvre le compte trois ans plus tard, quand tout est déjà parti à la Caisse des Dépôts.
Un compte en ligne après décès ne se règle pas plus difficilement qu'un compte de réseau. Il se règle par écrit, souvent sans rien payer. Ce qui le rend redoutable, c'est qu'on ne le trouve pas : aucun courrier ne tombe dans la boîte aux lettres pour signaler son existence, et le FICOBA que le notaire interroge n'en voit qu'une partie.
Le réflexe utile est donc en amont de tout le reste. Avant d'écrire à qui que ce soit, épluchez les relevés du compte principal sur trois ans et les anciennes déclarations de revenus. Le compte que vous cherchez y a laissé une trace, presque toujours.
Et quand Revolut aura fini de migrer ses huit millions de clients français vers son entité française, un de ces angles morts se refermera tout seul. Les autres, non. Wise, et tous les comptes anciens restés sous IBAN étranger : ceux-là continueront de passer sous le radar aussi longtemps que le fichier des comptes bancaires s'arrêtera aux frontières.