Succession sans testament : démarches, délais et coûts (2026)
2/5/2026
2/5/2026
Un proche décède. Pas de testament. Et le rendez-vous chez le notaire arrive, avec une pile de questions pratiques : combien ça va coûter, dans quel ordre faire les démarches, qui doit signer quoi, à quel délai on est tenu. Cet article ne refait pas la théorie du droit successoral français. Pour le « qui hérite et dans quel ordre », il y a un guide dédié : la dévolution successorale en détail pose la mécanique des 4 ordres, de la représentation et de la réserve héréditaire. Ici, on s'occupe de l'autre moitié du sujet, celle qu'aucun cabinet de notaire ne vous explique avant la première facture : les six étapes concrètes du règlement, le coût fiscal réel en 2026, les frais bancaires plafonnés depuis novembre 2025, et les pièges qui font dérailler les successions familiales sans testament.
Sans testament, c'est la loi qui répartit le patrimoine. Les enfants d'abord, à parts égales, avec représentation des prédécédés. À défaut, les parents et la fratrie. Puis les grands-parents. Puis les cousins jusqu'au 6e degré. Le conjoint marié vient se greffer en plus, avec ses propres droits (usufruit total ou quart en pleine propriété selon la configuration). Le partenaire de PACS et le concubin, eux, n'héritent de rien sans testament. Pour le détail complet de cette mécanique, voyez le guide de la dévolution successorale. Si la question du conjoint et du choix usufruit ou pleine propriété vous préoccupe en particulier, les droits du conjoint survivant en détail couvre les arbitrages et les outils de protection.
Le reste de cet article suppose que vous savez qui hérite. On passe à ce qui se passe ensuite.
Dans le brouillard des premières semaines, beaucoup de familles font les démarches dans le désordre. Voici la séquence telle qu'elle se déroule vraiment, avec les délais associés.
Un médecin constate le décès et délivre le certificat médical. Ce certificat permet de déclarer le décès en mairie dans les 24 heures ouvrées. La mairie délivre alors l'acte de décès, qui est la pièce-clé de tout ce qui suit. Demandez-en au moins 10 copies originales dès le premier passage : presque tous les organismes (banques, assurances, employeur, sécurité sociale, mutuelle) en réclament une, et il est plus simple d'en avoir trop que de retourner faire la queue. Pour la liste complète des démarches qui s'enclenchent à partir de là, le guide des démarches après un décès détaille tout.
Même si la famille est certaine qu'il n'y a pas de testament, le notaire interroge systématiquement le FCDDV (Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés). Ce fichier centralise tous les testaments enregistrés en France. La consultation coûte moins de 20 € et prend quelques jours. Pas de réponse positive ? La succession est officiellement légale, et on passe à l'étape suivante.
Petit imprévu fréquent : un testament olographe (manuscrit) peut exister sans être enregistré au FCDDV. Si un proche se souvient d'un coffre, d'un tiroir, d'une enveloppe confiée à un ami, mieux vaut vérifier avant de signer l'acte de notoriété. Un testament découvert après coup peut remettre en cause tout le règlement.
Le notaire établit l'acte de notoriété, document officiel qui identifie tous les héritiers, leur degré de parenté et leurs parts respectives. C'est ce papier-clé qui débloque tout : comptes bancaires, mutations immobilières, démarches administratives. Tarif réglementé par arrêté : 69,23 € TTC pour l'acte lui-même (article A444-58 du Code de commerce), auxquels s'ajoutent les frais annexes (droits d'enregistrement, formalités, copies), ce qui porte le coût total autour de 200 à 300 €. Si la succession se complique (héritiers introuvables, recherches généalogiques), le notaire peut mandater un généalogiste successoral, et la note grimpe.
Pour les très petites successions, on peut sauter cette étape : si les avoirs bancaires du défunt sont inférieurs à 5 910 € (seuil au 13 novembre 2025, revalorisé à 5 965 € au 1er janvier 2026, article L.312-1-4 du Code monétaire et financier), une attestation signée par l'ensemble des héritiers suffit à débloquer les comptes. Gratuite, et présentée directement à la banque. C'est ce même article L.312-1-4 qui sert de référence à la réforme des frais bancaires détaillée plus loin : les deux dispositifs (dispense d'acte de notoriété et gratuité des frais bancaires) partagent ce seuil. Au-delà, l'acte de notoriété notarial redevient obligatoire pour vider les comptes.
Inventaire complet de tout ce qui compose la succession : biens immobiliers, comptes bancaires, livrets, assurance-vie, véhicules, objets de valeur. Et les dettes, surtout. C'est l'étape la plus longue et la plus pénible, parce que les justificatifs ne sont presque jamais centralisés. Trois conseils concrets :
Le guide de l'inventaire de patrimoine couvre la marche à suivre, dossier par dossier.
La déclaration de succession doit être déposée au centre des impôts du domicile du défunt, pas le vôtre. Délai légal : 6 mois après le décès (12 mois si le décès a eu lieu hors de France métropolitaine). Les droits de succession sont payés au moment du dépôt. Un retard, même de quelques jours, déclenche des intérêts de retard de 0,20 % par mois, plus des majorations qui peuvent atteindre 40 % en cas de manquement délibéré.
Bonne nouvelle : si la succession comprend un bien immobilier que les héritiers veulent vendre pour payer les droits, l'administration accepte généralement un paiement échelonné (paiement fractionné sur 1 à 3 ans, ou différé après vente). Il faut le demander dans la déclaration.
Le partage des biens entre héritiers peut être amiable (tous d'accord) ou judiciaire (en cas de conflit). L'amiable est presque toujours plus rapide, moins coûteux, et laisse moins de cicatrices. Tant que le partage n'a pas eu lieu, les héritiers sont en indivision : ils possèdent ensemble les biens du défunt. Personne ne peut agir seul.
L'article 815 du Code civil prévoit que « nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision ». Mais obtenir un partage judiciaire prend du temps, coûte cher en frais d'avocat, et détériore les relations. Mieux vaut négocier.
Les droits de succession frappent différemment selon le lien de parenté. Et les chiffres font parfois mal.
Le calcul se fait en deux temps. D'abord, chaque héritier bénéficie d'un abattement (somme non imposée) qui dépend de son lien avec le défunt. Ensuite, le surplus est taxé selon un barème progressif ou un taux fixe selon le lien.
| Lien avec le défunt | Abattement | Taux d'imposition |
|---|---|---|
| Époux / partenaire PACS (avec testament) | Exonération totale | 0 % |
| Enfant (par parent) | 100 000 € | 5 % à 45 % (progressif) |
| Petit-enfant (hors représentation) | 1 594 € | 5 % à 45 % |
| Frère / sœur | 15 932 € | 35 % puis 45 % au-delà de 24 430 € |
| Neveu / nièce | 7 967 € | 55 % (taux unique) |
| Concubin / sans lien de parenté | 1 594 € | 60 % (taux unique) |
| Personne handicapée (cumul) | 159 325 € en plus | Selon lien de parenté |
Imaginez une succession de 400 000 € (logement + épargne) avec un conjoint marié et deux enfants communs. Pas de testament.
Si le conjoint choisit le quart en pleine propriété, voilà ce qui se passe côté fiscalité :
Si le conjoint choisit l'usufruit total à la place, la pleine propriété est différée à son propre décès. Les enfants ne paient des droits que sur la nue-propriété, dont la valeur dépend de l'âge du conjoint au moment du décès du parent. Plus le conjoint est jeune, plus la nue-propriété vaut peu, et plus le calcul est favorable pour les enfants. Le barème de l'usufruit viager est fixé à l'article 669 du Code général des impôts.
Pas de changement côté barème. Le projet de loi de finances 2026 n'a touché ni les abattements ni les taux. En revanche, ces seuils sont gelés depuis 2012, et avec l'inflation leur valeur réelle s'érode année après année. Selon le Conseil supérieur du notariat, ce gel équivaut à une hausse déguisée de 10 à 15 % de la fiscalité successorale d'ici 2028. Discret. Mais bien réel.
Depuis le 13 novembre 2025, la loi n° 2025-415 du 13 mai 2025 encadre strictement les frais bancaires liés aux successions. Avant cette date, certaines banques facturaient jusqu'à plusieurs centaines d'euros pour des opérations de routine (clôture de comptes, virement aux héritiers, édition de relevés). Une rente sur la mort, sans contrepartie de service réelle.
Le nouveau cadre tient en deux règles simples :
Si votre banque facture au-delà de ces seuils, vous pouvez saisir le médiateur bancaire de l'établissement, puis l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) en cas de désaccord persistant. Plusieurs réclamations ont déjà abouti à des remboursements depuis l'entrée en vigueur du texte.
Après des années à accompagner des familles dans ce processus, certaines situations reviennent avec une régularité navrante.
Terreau le plus fertile pour les conflits. Un parent décède avec des enfants d'un premier lit et un conjoint actuel. Le conjoint reçoit obligatoirement un quart en pleine propriété (article 757 du Code civil), les enfants se partagent les trois quarts. Mais les enfants du premier mariage voient d'un mauvais œil qu'une « belle-mère » ou un « beau-père » hérite d'une partie du patrimoine de leur parent biologique.
Pour le détail des recours (action en retranchement contre une communauté universelle abusive, donation au dernier vivant cantonnée), voyez la succession dans les familles recomposées. Sans testament ni donation au dernier vivant, la loi s'applique mécaniquement, et les tensions peuvent empoisonner des relations familiales pendant des années.
Sans partage rapide, les héritiers restent en indivision. Concrètement : personne ne peut vendre un bien, ni même engager des travaux importants, sans l'accord des deux tiers des indivisaires (loi du 12 mai 2009 réformant le régime de l'indivision). Un seul héritier récalcitrant peut bloquer la vente d'une maison familiale pendant des mois.
Le cas typique : trois enfants héritent d'une maison. Deux veulent vendre, un veut la garder. La maison reste à l'abandon, les charges courent, les impôts fonciers tombent chaque année. Au bout de deux ans, ce qui aurait dû être une plus-value devient une dette.
Comptes en ligne, cryptomonnaies, livrets bancaires dématérialisés, assurances-vie dont personne ne connaît l'existence, abonnements qui continuent à être prélevés. Le patrimoine numérique est l'angle mort numéro un de la succession. Sans inventaire préalable et sans accès aux mots de passe, les héritiers passent à côté de sommes parfois très importantes.
Trois réflexes : faire une recherche AGIRA pour l'assurance-vie, consulter le fichier FICOBA des comptes bancaires (accessible via une demande à l'administration fiscale par le notaire), vérifier les contrats d'épargne salariale auprès des anciens employeurs du défunt.
Le droit de jouissance gratuite du logement, prévu à l'article 763 du Code civil, ne dure qu'un an. Passé ce délai, si le conjoint survivant n'a pas opté pour l'usufruit total (ou s'il ne pouvait pas le faire en cas de famille recomposée), il peut se retrouver contraint de quitter son propre domicile pour permettre le partage. La situation se gère mieux en amont, par une donation au dernier vivant rédigée du vivant des deux conjoints.
Trois cas spécifiques qui peuvent changer le coût ou l'organisation de la succession.
Les frères et sœurs peuvent être totalement exonérés de droits de succession s'ils remplissent simultanément trois conditions au moment du décès :
Exonération souvent ignorée. Elle peut faire économiser des dizaines de milliers d'euros à un frère ou une sœur dans cette configuration. Mais elle n'est pas automatique : il faut l'invoquer expressément dans la déclaration de succession. Sinon, le fisc applique le barème classique sans broncher. Pour creuser la fiscalité fraternelle, le coût de l'héritage entre frères et sœurs détaille tous les cas.
159 325 € d'abattement supplémentaire. C'est ce dont bénéficient les héritiers reconnus handicapés, en cumul avec l'abattement lié au lien de parenté. Un enfant handicapé hérite donc avec un abattement total de 259 325 € (soit 100 000 € + 159 325 €), et un neveu handicapé bénéficie d'un abattement de 167 292 € (7 967 € + 159 325 €). Justificatif à joindre à la déclaration : carte mobilité inclusion mention « invalidité » ou attestation MDPH récente.
Tout héritier peut renoncer à la succession s'il estime que les dettes dépassent les actifs, ou pour toute autre raison. La renonciation se fait par déclaration au greffe du tribunal judiciaire du lieu d'ouverture de la succession. Coût : environ 15 €. L'héritier renonçant est considéré comme n'ayant jamais été héritier, et sa part est redistribuée aux autres héritiers (avec représentation si nécessaire depuis la loi du 23 juin 2006).
Troisième voie possible : l'acceptation à concurrence de l'actif net (l'ancien « bénéfice d'inventaire »). L'idée est simple : on limite le paiement des dettes à la valeur des biens reçus, ce qui protège le patrimoine personnel de l'héritier. La procédure est plus lourde (déclaration au tribunal, publication légale, inventaire formel), mais elle vaut le coup quand la succession contient des dettes incertaines : caution donnée par le défunt, indivision compliquée, contentieux en cours.
Les délais à connaître : 4 mois sans pression pour choisir, puis 2 mois de réponse si on est sommé d'opter par un cohéritier ou un créancier, puis 10 ans de droit d'option résiduel. Au-delà, la loi considère qu'on a renoncé.
Si vous lisez cet article parce qu'un proche est décédé, anticiper n'est plus une option pour cette succession-ci. Mais la suivante, c'est la vôtre. Et c'est là que le testament olographe (manuscrit, daté, signé) prend tout son sens.
| Critère | Sans testament | Avec testament |
|---|---|---|
| Qui hérite ? | La loi décide seule | Vous choisissez dans les limites légales |
| Partenaire PACS protégé ? | Non | Oui, et exonéré d'impôts |
| Concubin protégé ? | Non | Partiellement (taxé à 60 %) |
| Répartition des biens | Parts égales imposées par la loi | Répartition personnalisée possible |
| Objets sentimentaux | Aucune attribution spécifique | Possibilité de léguer des biens précis |
| Désignation tuteur enfants | Le juge décide | Vous pouvez indiquer vos souhaits |
| Risque de conflit | Élevé en famille recomposée | Réduit si testament clair |
Le testament n'est pas réservé aux grandes fortunes. Un simple document manuscrit, daté et signé, suffit pour exprimer vos volontés et protéger ceux que la loi ignore (pacsé, concubin, ami, association). Le guide du testament olographe explique pas à pas comment le rédiger, et le guide du testament sans notaire couvre les conditions de validité juridique.
Testez vos repères sur les délais, les coûts et les pièges du règlement d'une succession en 2026.